Ven 14 Mai 2010 |
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Pendant toutes les années de mon épiscopat à Valence, mes rencontres avec le P. Finet ont été nombreuses. De plus, l’enquête diocésaine concernant Marthe en vue de sa béatification, m’a fait entrer davantage encore dans la connaissance du P. Finet. Je situerai donc mon propos à partir de trois moments qui permettent à mon avis, d’éclairer la vie du P. Finet : sa rencontre avec Marthe en 1936 ; ma première rencontre avec Marthe et le P. Finet en 1979 ; la rencontre du P. Finet avec Jean Paul II en 1986. Rencontre de Marthe et du P. Finet en 1936On a beaucoup écrit et dit au sujet de cette rencontre. Le P. Finet lui-même l’a relaté dans le détail. Je ne veux pas reprendre ici cette scène telle qu’on la connaît déjà, mais faire une réflexion sur sa signification et la personnalité du P. Finet qui s’en dégage. Voilà un prêtre qui a fait ses études à Rome, qui est déjà un brillant conférencier, qu’on vient de nommer sous-directeur de l’enseignement catholique de Lyon, et qui rencontre cette jeune personne handicapée qui lui parle de la Ste Vierge, et en quels termes. « Tu m’as séduit Seigneur et je me suis laissé séduire » dit Jérémie. « Tu m’as saisi » dira St Paul. Ici le Seigneur intervient dans la vocation de ce prêtre en l’appelant par la profondeur mystique et apostolique de Marthe et par son humilité et son abandon au Seigneur. Apparaît ici la qualité spirituelle du P. Finet. C’est fou de se laisser prendre de la sorte. Pourtant cette capacité de reconnaître les signes que Dieu fait à travers les paroles de Marthe, montre un abbé Finet ouvert. Or ces signes sont à la manière de Dieu. Ils sont tout petits. Ils arrivent par une personne faible, petite et malade. Dieu parle, il faut avoir un cœur de « pauvre » pour l’entendre. Dieu parle par la « petite Marthe » et l’abbé Finet entend. Sans trop savoir immédiatement, il se rend compte que Dieu qui s’est incarné, qui s’est fait tout petit, se révèle pareillement dans la pensée et la prière d’une Marthe toute petite. Et il va se mettre en route. Ce qui ressort beaucoup dans cette rencontre, c’est une spontanéité et une grande audace. L’accord que va donner le P. Finet, son oui à un appel pas forcément lisible du premier coup, fait découvrir quelqu’un capable de sortir de lui-même pour se laisser interpeller. Un homme attentif à ce que Dieu fait par une jeune personne malade toute orientée vers l’amour du Christ, souffrant avec Lui pour l’humanité. Il est une deuxième caractéristique de la personnalité du P. Finet qui ressort de cette rencontre de 1936. Lorsqu’il a découvert Marthe, avec le P. Faure qui l’a conduit chez elle, après avoir entendu cet appel surprenant qu’elle lui adresse, il va se confier à l’Eglise. Il en parle à son directeur spirituel, puis au directeur diocésain de l’enseignement catholique de qui il dépendait et enfin à son évêque et à l’évêque de Valence dont Marthe était diocésaine. Il fait le chemin de ceux qui ont un grand sens de l’Eglise. Ce n’est qu’après qu’il se mettra en route pour prêcher la première retraite à Châteauneuf qui sera suivie de plusieurs centaines d’autres. Il réalisera ainsi l’Oeuvre des Foyers de Charité. Il aura su allier le sens de l’Eglise et la liberté d’entreprendre. Affronté à des incompréhensions et des critiques, son caractère volontaire et obéissant lui permettra d’être un homme d’action que plus rien n’arrêtera. Cette Oeuvre dont il avait reçu la charge dans la chambre de Marthe, il la mènera à bien par l’implantation de Foyers à travers le monde entier. Cela il le doit à la rencontre de Marthe toute entière habitée par le Seigneur et docile à l’Esprit Saint. Ma première rencontre avec Marthe et le Père Finet en 1979.Arrivé depuis peu comme évêque du diocèse de Valence, j’avais entrepris la visite de tous les prêtres. Ce fut pour moi un temps fort de grâce et de dialogue. J’arrivai à Châteauneuf. Après avoir été accueilli par les prêtres de la paroisse, je « montais » au Foyer où le P. Finet m’attendait ainsi que les autres prêtres présents au Foyer. C’était en 1979. A cette époque il y avait quelques turbulences au Foyer mais je les ignorais. La rencontre avec le P. Finet fut longue. Il avait tellement de choses à dire à son nouvel évêque. J’ai senti un prêtre passionné par son ministère de père du Foyer. Il m’expliqua que la première place dans cette aventure spirituelle revenait à Marthe. C’est avec elle et grâce à elle qu’il pouvait mettre en œuvre avec énergie ce que le Seigneur lui avait demandé. C’était une nouvelle vie en Eglise qui allait rejoindre ce que le Concile révèlera quelques années plus tard. Il me fit faire, le tour des Foyers du monde avec quelques anecdotes pour chacun. Il me montrait combien Marthe était présente dans les décisions à prendre et combien elle intervenait à bon escient pour chaque pays où se construisait un Foyer de lumière, de charité et d’amour. Avec la Vierge Marie que Marthe chérissait, elle était le pilier sur lequel on pouvait construire. Je fus impressionné d’entendre le Père Finet mettre Marthe au centre de ce qu’il était en train de faire, spécialement pour ce qui concernait ces nouvelles communautés qui se multipliaient. J’ai compris ce jour-là, que la forte impulsion créatrice des Foyers était conçue et réalisée par le duo Marthe- P. Finet. Comment ne pas penser alors aux nombreuses créations ecclésiales faites en duo : Thérèse d’Avila et Jean de La Croix ; François de Sales et Jeanne de Chantal ; et on pourrait en citer bien d’autres. C’était là que se trouvait l’énergie extraordinaire du P. Finet. Dans sa description des Foyers, le Père insista sur la place de Marie. Il avait cette expression qui m’est restée en mémoire : un Foyer c’est une communauté dans laquelle se trouve une Mère, la Vierge Marie, et un Père, qui vit une paternité pour toute la famille du Foyer. Après avoir vu tous les autres prêtres du Foyer, je partais avec le P. Finet chez Marthe. Pendant ce court voyage j’appris encore beaucoup de « merveilles » de la vie de Marthe. Mais aussi de sa vie quotidienne, du fait qu’elle ne mangeait pas, qu’elle recevait beaucoup et qu’elle offrait toute sa vie. Qu’elle était visitée par des cardinaux, des évêques et des personnalités politiques et autres, mais surtout par les retraitants et les petits qui venaient lui parler et lui demander conseil. Qu’elle vivait tous les vendredis la Passion avec son Seigneur. Quelle formidable préparation à cette première rencontre de Marthe que j’allais faire ! Et je ne fus pas déçu. Je ne raconterai pas ici cette rencontre. Elle fut pour moi, jeune évêque, une découverte dont je me souviens encore. J’avais demandé au P. Finet d’être présent une partie de la rencontre. En revenant avec le P. Finet jusqu’au Foyer, je compris comment et pourquoi ce prêtre était si passionné pour faire réussir « l’Oeuvre des Foyers ». Il avait saisi, qu’il devait, comme premier Père de Foyer, être témoin de la Paternité de Dieu. Témoin dans les communautés, ou la famille des Foyers comme il aimait dire, mais aussi auprès de tous ceux et celles que le Seigneur envoyait pour faire retraite et qu’il enseignait, témoin dans les écoles. Il voulait aussi, à la demande de Marthe, faire œuvre d’évangélisation en étant fidèle serviteur de l’Eglise Corps du Christ. C’est la prière et l’offrande de Marthe qui étaient une source par où s’écoulait la grâce de Dieu. Après avoir prié ensemble, je le quittais convaincu que l’Esprit du Seigneur était à l’œuvre dans le cœur de Marthe et du P. Finet. Je découvrais, sans encore bien les connaître, le travail de l’Esprit dans les Foyers. Rencontre du P. Finet avec Jean Paul lI en 1986Le 7 octobre 1986, Jean Paul II faisait une visite pastorale dans la région Centre-Est et se trouvait à Annecy. C’est là que se fit cette rencontre du P. Finet avec le Pape. Le P. Finet était accompagné du P. Wouters et du P. Pagnoux. J’ignorais sa présence à Annecy. Mais la cérémonie terminée, je vis le P. Finet de loin. Je m’approchais en me disant : quelle belle occasion de lui faire rencontrer Jean Paul II. Je lui proposais et il accepta avec une joie non dissimulée. Il fallait arriver maintenant jusqu’au Pape qui prenait quelques instants de repos. Je vins filialement vers lui et lui demandais s’il accepterait de rencontrer le P. Finet. Il faut dire que nous avions plusieurs fois parlé de Marthe qu’il connaissait. Je lui avais remis aussi le premier livre sur Marthe de Raymond Peyret. Il accepta immédiatement et sortit avec moi pour aller au-devant du P. Finet. Si je raconte cela, c’est parce que cette rencontre a une grande signification dans la vie du P. Finet. C’était pour lui comme une consécration. Il ne s’était donc pas trompé en écoutant Marthe, puisque le Pape lui-même l’accueillait comme « le directeur spirituel de Marthe » et le « co-fondateur avec Marthe des Foyers ». Il accueillait par lui Marthe dont il dit : « Marthe Robin participe à la rédemption pour le monde d’aujourd’hui ». Enfin il s’entend redire par le Pape qu’il a été le prêtre le plus proche de Marthe. Je ne peux garantir l’exactitude mot à mot des paroles du Pape, mais j’en ai gardé le sens dans mon cœur. C’est pourquoi je dis que cette rencontre éclaire toute la vie du P. Finet. Elle donne du relief à une personnalité forte et exigeante pour elle-même. Mais aussi elle fait apparaître un P. Finet tout donné à l’Oeuvre que le Seigneur avait suggéré à Marthe. Cela ne fait pas disparaître les traits de caractère de celui que d’aucun trouvait parfois autoritaire ou fier. Mais comment réussir une telle Oeuvre sans être sûr de la mission reçue ? Le P. Finet a sûrement été celui qui a le mieux connu la Passion du Christ à travers la passion de Marthe. Il a compris et aidé Marthe à « participer à la Rédemption » en l’encourageant dans les moments difficiles. Il a été fortifié par la foi et la confiance de Marthe. Il a entendu Marthe priant le Père : « Oui Père votre volonté est aussi la mienne. Je ne saurai vivre autrement que dans l’amour de Jésus. Souffrir sa passion et ses agonies pour être rédemptrice avec Jésus, comme Jésus ». Il s’est exposé au rayonnement de Marthe toute petite et si grande qui pouvait dire : « Ma seule valeur, ma seule beauté, c’est de rester toute petite, adorante et silencieuse, à ma place voulue par Dieu ». C’est ainsi qu’allait se terminer la vie terrestre du P. Finet dans la prière, le silence et l’adoration. En forme de conclusionMarthe a tenu sa place dans l’Eglise en transformant ce qu’elle avait à vivre en offrande pour l’humanité. Le P. Finet a bien tenu sa place en mettant en œuvre ce que Marthe avait reçu de son Seigneur pour le bien de l’Eglise. Aujourd’hui les Foyers de lumière, d’amour et de charité sont présents dans le monde entier. La présence accueillante de ces communautés est un plus pour l’évangélisation et la rencontre de Dieu. Elles tiennent leur place dans l’Eglise. Rendons grâce à Dieu. Le P. Finet fut un homme libre et d’une certaine manière un prophète. Il a pu vivre ces deux qualités sans heurts, grâce à la prière et aux conseils éclairés de Marthe. Il fut un homme autant d’action que de prière. Très marqué par le Concile Vatican II, il a su inscrire les Foyers dans la « nouvelle Pentecôte d’Amour » que Marthe a reçue de son Seigneur. Avec Marthe il a compris et mis en œuvre une véritable reconnaissance des laïcs comme membres responsables dans l’Eglise et dans les Foyers. Le statut canonique des Foyers en ont fait des laïcs consacrés, rattachés au « Conseil Pontifical pour les Laïcs » Il fut un « enseignant » pour qui « la vérité ne s’impose pas, mais se propose ». Pour qui aussi la famille des chrétiens « est chargée de dire la Bonne Nouvelle », d’où l’importance de ceux que Jean Paul II appellera les «laïcs fidèles du Christ ». Marthe a offert sa vie. Son offrande l’a conduite jusqu'à tout vivre dans la Passion du Christ et à s’abandonner totalement. Le P. Finet a créé, appelé, construit, pour que la « famille » des Foyers puisse exister dans l’unité et la paix au service de l’évangélisation. Il aimait dire : « Un Foyer de Charité n’est pas un couvent, n’est pas une prison, mais c’est une famille ». Notre vocation dans les Foyers, disait-il à l’occasion de retraites qu’il prêchait, « c’est de rejoindre le silence de la Sainte Vierge, dans le fiat de l’obéissance ». Il prêchait aussi ce qu’il avait reconnu chez Marthe : « Ce qui est essentiel dans la vie d’un chrétien, c’est l’offrande ». (Alouette N°257- février 2010) Comment mieux reconnaître l’action du Père Finet qu’en rendant grâce pour les Foyers de lumière, de charité et d’Amour qu’il a si bien servis. Article extrait de l’Alouette N° 258 d’avril 2010 |




