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icone-christQui est Dieu ? Comment le connaître ? Est-il possible d'aimer pour toujours ? Pourquoi le mal ? Est-ce que toutes les religions se valent ? Que deviennent nos défunts ? Comment pardonner ? L'Eglise : est-elle nécessaire ? Est-ce qu'on peut changer le monde ?

Ce sont là quelques unes des grandes questions que se pose tout homme, tout chercheur de Dieu.

Au cours des retraites fondamentales, les enseignements veulent approfondir ces questions et aider chacun à entrer dans l'intelligence de la foi.

 

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Écrit par P. Hervé Gosselin - Foyer de Tressaint   

L’ALLIANCE DANS LE MARIAGE

P. Hervé GOSSELIN
Père du Foyer de Charité de Tressaint
www.tressaint.com


Le couple est l’image de l’alliance que nous avons à vivre.
« Dieu créa l’homme et la femme à son image, homme et femme, il les fit » Genèse 127.
c’est dans l’alliance entre l’homme et la femme que nous avons cette image de l’alliance entre Dieu et les hommes.
Ce qui fait que nous ne pouvons pas en faire n’importe quoi.
Et c’est de là que découle toute la pastorale de l’Eglise concernant le mariage.

Vous qui êtes mariés : le jour de votre mariage, on vous a demandé si vous acceptiez bien l’alliance
librement et pour toujours,
dans la fidélité,
en accueillant la dimension de fécondité.


I. Les quatres fondements du mariage chrétien

Ces quatre fondements :
- librement,
- pour toujours,
- dans la fidélité,
- en accueillant la dimension de fécondité,
Dans ces quatre dimensions, nous retrouvons les fondements de l’alliance de Dieu avec les hommes.

1.     Librement

Dieu veut des hommes libres car Dieu n’est pas contraignant
Il ne nous obligera jamais à faire alliance avec lui. C’est bien le drame de Dieu, d’ailleurs !
Ce serait tellement plus clair si nous voyions Dieu, s’Il s’imposait davantage ;
mais alors nous ne serions plus libres.
Dieu a voulu lancer l’homme dans une aventure de liberté.

Le mariage vécu librement est un mariage vécu sans pression familiale, sans pression sociale.
Vivre avec quelqu’un pendant plusieurs années ne veut pas dire que je vais être obligé de l’épouser pour « être dans l’ordre des choses. »
C’est pour cela que les fiançailles respecteront la liberté de l’un et de l’autre.
Il faut être libre aussi intérieurement, c’est pourquoi il faut s’y préparer, par avance, même si on ne connaît pas encore sa vocation.

La liberté est faite pour s’engager : si je ne m’engage pas, c’est que je ne suis pas libre !
Si je ne fais rien de ma liberté, elle ne me sert à rien.
L’Alliance que Dieu fait avec les hommes l’engage, lui.
Et ma réponse, si je fais alliance avec lui, m’engage également.

2.    Pour toujours

Quand Dieu fait alliance, Il ne revient pas en arrière. Quand je fais alliance, dans le mariage ou la virginité, c’est pour toujours.
C’est un lien indissoluble qui ne pourra pas être cassé par les hommes. « Ce que Dieu a uni que l’homme ne le sépare pas. »

3.    Dans la fidélité

Dieu est fidèle.
Et si nous ne savons pas être fidèles, Dieu nous donnera sa grâce pour le devenir.
La fidélité prend tout l’être, corps cœur et âme.
Cette aventure de l’amour est un don mutuel :

« Je te reçois comme époux(se)
et je me donne à toi pour t’aimer fidèlement tous les jours de ma vie. »

Le mariage est une grande vocation.
Les personnes consacrées dans le célibat ont besoin d’avoir le témoignage de couples fidèles.
Si nous n’avions pas la famille pour nous parler de Dieu, nous ne pourrions pas vérifier que cette révélation est une révélation de Dieu, que c’est bien une expérience qui nous est proposée.

« Les conjoints, dans le mariage, sont comme fortifiés, consacrés par un sacrement spécial. »
Droit Canon

Ils reçoivent une grâce de force pour traverser les épreuves.
Et qui n’en a pas ? C’est un chemin de sanctification ; c’est aussi un chemin de désert.
Il y a aussi besoin, dans cette aventure du mariage de « regarder le serpent d’airain pour être sauvés. »

Les conjoints sont comme consacrés.
L’Eglise parle de Consécration à la Messe, consécration du Corps et du Sang du Christ.
Par le sacrement de mariage, l’Esprit Saint vient imprégner l’homme et la femme dans toutes les dimensions de leur vie, dans tous les aspects de leur amour, au fur et à mesure des besoins, au fur et à mesure de l’arrivée des enfants…

Qu’est-ce qui fonde le mariage ?
C’est le consentement des époux.
Mais Dieu n’est pas seulement témoin du sacrement de mariage, Il est actif, Il s’engage avec.
La présence du Prêtre signifie cet engagement de Dieu envers les époux.
C’est Dieu qui unit les époux : il y a une dimension de l’homme qui ne peut être unie que par Dieu.
Pour unir les corps, pas de problème !
Pour unir les psychologies, les intelligences, pas de problème.
Mais pour unir vraiment le fond de la personne, seul Dieu peut le faire.
Et c’est cette reconnaissance d’une action de Dieu qui fait qu’on demande que les fiancés ne cohabitent pas ensemble.
C’est pour signifier la grandeur du mariage.

Il est nécessaire d’avoir une juste appréhension du mystère.
Le conjoint est un cadeau de Dieu. La grâce de l’engagement est un cadeau de Dieu.
L’union a besoin d’être sanctifiée. Dès que commence de naître un amour, dans le temps des fiançailles, Dieu doit d’abord être mis à sa vraie place.
Savoir attendre que Dieu sanctifie l’un et l’autre.
C’est difficile à expliquer à ceux qui sont loin de la foi, lorsqu’il n’y a que des critères humains pour déterminer effectivement cohabitation ou pas.
Mais il y a cette grandeur qu’il faut pouvoir aussi défendre d’un mariage chrétien et des fiançailles chrétiennes qui sont une étape importante.
Et c’est le témoignage de ceux qui le vivent : il n’y a pas besoin de cette connaissance charnelle pour bien connaître l’autre, c’est l’amour qui prime.
L’harmonie, l’épanouissement ne peut se trouver que là.

4.    La fécondité

Le mariage est l’image même de cette Alliance que Dieu vivre en nous, avec nous.
Grandeur de la vocation chrétienne. Le mariage est don de la personne tout entière, échange d’amour
Et donc , comme l’échange d’Amour qui existe au cœur de la Trinité, le mariage est toujours vécu en vue d’une fécondité.

 

II. Le pardon dans le mariage

Le mariage est aussi pardon. Chaque pardon est une recréation.
Ce n’est pas seulement une « indulgence. » Le pardon, en me relevant, me permet d’aller plus loin.
Le sacrement du pardon n’est pas simplement « lavage, rinçage », c’est refaire l’alliance.
C’est reconnaître le désir profond qu’il y a en moi de vivre avec Dieu.
C’est reconnaître que je ne suis pas comme je voudrais être (les époux ne seront jamais ce qu’ils voudraient être pour l’autre et ils sont parfois déçus du comportement de l’autre).

Arriver à se pardonner, c’est aller encore plus loin que le don et c’est en cela que le pardon est difficile.
Par-dessus le don, il y a le par-don.

Je pense à ce prisonnier revenant du tribunal, qui avait une haine énorme envers celui qui était partie civile. Au jour du jugement, ce dernier est arrivé et a dit : «Je lui pardonne. »
Le prisonnier de dire : « J’en ai été sidéré, je me serais assis par terre, j’en aurai chialé ! ».
La force du pardon l’avait retourné.

Le mariage consacre les époux pour aller jusque-là car il n’y a pas de limite à l’Amour de Dieu, à ce pardon que Dieu nous donne, à ce pardon que nous devons nous donner les uns les autres, à ce pardon que nous devons nous donner à nous-mêmes. C’est peut-être un des sommets de notre vie chrétienne.


III. Vers la maturité

Pour arriver jusque-là, il faut une maturité humaine et spirituelle.
Nous avons besoin de domestiquer toutes ces forces qui sont en nous, notre sexualité.
Nous sommes créés à l’image de Dieu, mais quel combat pour arriver à être adulte !

Quelques étapes :

1.    La génitalité

Je réalise que le corps qui m’est donné peut être objet de plaisir et que la sexualité provoque le plaisir.
Je vais d’abord connaître cette étape où je vais rechercher le plaisir : seul ou avec d’autres.
Pour moi, pour le plaisir.
Le plaisir est une chose bonne, elle est le signe d’une sexualité épanouie.
Le plaisir a été créé par Dieu.
Mais il ne doit pas être le moteur de ce qui me  fait désirer.

Cette génitalité fait que j’ai des pulsions ! Avoir des pulsions pour telle ou telle caractéristique physique ou psychologique n’est pas une mauvaise chose en soi.
Mais nous ne sommes pas à l’abri de déviations : par exemple, la masturbation.

2.    Le besoin devient désir

Le besoin doit devenir désir ; désir de rencontrer quelqu’un.
C’est une deuxième étape : rencontrer l’autre, différent.

Avec une déviation possible : tout ce qui a trait à l’homosexualité.
L’Eglise et les commandements de Dieu nous font refuser l’homosexualité,
tout en accueillant les personnes homosexuelles.
En effet, personne ne se résume aux actes qu’il fait ni à sa sexualité.
Les personnes homosexuelles ont leur place dans l’Eglise.
C’est un problème difficile, toujours douloureux parce qu’on ne choisit pas ce qu’on est, on ne choisit pas toutes les composantes de notre être.

 

3.    Le désir devient amour

Il ne suffit pas d’être amoureux !
Toute la difficulté est de savoir discerner ce qui est simplement sentiment et ce qui est amour profond engageant toute ma personne, avec mon corps, ma psychologie, mon cœur.
Pour faire communion avec une personne, il faut avoir le désir profond de se donner, dans un don qui ne se rapporte pas à mes propres besoins mais qui se rapporte au bonheur de l’autre.

4.    L’amour devient créativité

Ce qui demande au couple un renouvellement incessant.
L’amour est toujours neuf. L’amour ne dit jamais « assez ! », il a toujours besoin d’être nourri.
La nouveauté peut être, par exemple, l’arrivée d’un enfant, cette capacité fantastique que l’homme et la femme ont de donner la vie.

Dans toute alliance humaine, il reste toujours un sentiment d’incomplétude. La communion rêvée n’est jamais réalisée totalement, mais elle est en devenir.
C’est l’espérance humaine qu’en Dieu nous deviendrons semblables à Lui.
Sur terre, il reste toujours un arrière-goût de solitude, et c’est pour cela que l’amour devient créativité.


5.    … vers le Sacré

Il n’est aucun amour conjugal qui ne soit, dans son exultation, élan vers l’infini.
C’est-à-dire que tout amour humain doit être relativisé.
L’amour des conjoints trouvera son épanouissement en Dieu, terme de l’Amour.
Ce qui fait que les conjoints séparés par la mort demeurent unis dans un même esprit.
La communion des saints permet à des êtres séparés d’être ensemble, même si c’est dans la souffrance, dans la douleur.

La sexualité est un dynamisme qui nous est offert pour aller vers Dieu.
Les personnes consacrées dans la virginité sont là pour montrer aux époux que le but final ce n’est pas l’alliance humaine.
L’incomplétude que vivent les époux est normale puisque c’est en Dieu seul que leur alliance trouvera sa vraie réalisation.

________

Et puis, il y a tous ceux qui, sur le chemin de cette vie parfaite, vivent les séparations
D’où la nécessité de bien préparer son mariage et de l’approfondir longtemps avant.
Pour faire un prêtre, il faut six ans… Le temps est notre meilleur allié sur le chemin de notre liberté, de notre engagement.

Et, même bien préparé, il peut y avoir des accidents, il peut y avoir des étapes difficiles.
Nous n’avons pas à juger.
Les personnes divorcées ont leur place dans l’Eglise
Elles sont les blessées sur la route de Jéricho. Le pardon de Dieu leur est donné et il faut les aider, les soutenir.
Sauf dans le cas de nullité de mariage (c’est-à-dire lorsque toutes les conditions pour que ce mariage soit valide n’étaient pas réunies), l’Eglise ne peut permettre le remariage : en effet, l’alliance homme-femme étant à l’image de l’Alliance de Dieu avec les hommes, l’engagement dans l’amour ne peut être qu’un engagement définitif. Si l’Eglise acceptait le remariage, elle renierait la Révélation.
Il n’y a pas de cas général ; chaque couple est unique, chaque aventure est personnelle.

D’où la nécessité d’approfondir sa dimension spirituelle pour parvenir à sa vraie dimension et pour arriver à continuer de vivre l’amour au travers de l’épreuve.


IV. Les noces de Cana

Dans l’évangile de St Jean, chapitre 2.

Cana, signe de la Nouvelle Alliance que Jésus est venu nous apporter.

Jésus a choisi des Noces pour réaliser le premier signe de sa vie publique, preuve que le mariage est une grande vocation.
C’est là le signe de l’alliance nouvelle et éternelle signifiée par Jésus-Christ, avec le signe du vin.
Ce vin auquel nous goûtons tous les jours dans l’Eucharistie, c’est le vin de son Sang.

Le vin de Cana était un bon vin,
signe de toutes les bonnes choses que le Seigneur veut faire dans nos vies,
signe de ce bonheur qu’Il veut nous donner,
signe déjà des fruits de l’Esprit que nous pouvons goûter dans notre vie spirituelle.
Ce vin de la paix, de la joie, cette allégresse qui est donnée par la présence même du Fils de l’Homme.

Jésus qui est l’artisan de cette transformation d’une eau triste en vin joyeux.

C’est lui qui ordonne et dispose, c’est lui qui réalise.
Mais il ne fait pas tout et il nous faut mesurer l’effort qu’a dû demander aux serviteurs, l’acte de remplir six cuves de 100 à 150 litres ! Ils ont remonté cette eau du puits dans des cuves de purification.
Dieu ne transforme pas à partir de rien. Ce n’est pas de la magie.

Ainsi, l’alliance que le Seigneur veut faire avec nous demande un certain nombre d’efforts.
Il nous faut lui montrer notre bonne volonté en apportant notre eau… une eau pas toujours très claire mais peu importe.
Apporter au Seigneur nos vies pas toujours très propres, apporter surtout le dépôt qui peut se former dans le fond et que l’on ne veut pas toujours remuer, pour nous donner ainsi l’illusion que notre eau est claire ! Jésus est venu faire alliance avec l’humanité, et une humanité pécheresse.

Jésus demande aux serviteurs de remplir les jarres « jusqu’au bord ».
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus nous dit qu’il faut se présenter devant Dieu avec toute sa capacité. Il y a un point commun entre un dé à coudre et une jarre de 100 litres : c’est qu’ils peuvent être chacun plein à ras bords. L’effort dans notre vie spirituelle sera d’être toujours plein avec cette capacité que le Seigneur nous donne d’augmenter notre capacité d’aimer.
Cela demande des « étirements » progressifs.
Il faut du temps, et ça fait mal parfois.

Ne pas oublier cette présence fondamentale de la Vierge Marie
, discrète :
« Faites tout ce qu’il vous dira. »
Le pouvoir de la Vierge Marie sur le cœur de Dieu, sur le cœur des hommes est manifesté dans cette toute petite phrase.
Le but, ce n’est pas la Vierge Marie mais l’Alliance avec Dieu.
Le but, c’est que nous connaissions le vin de la joie en participant à la Résurrection de Jésus.