Enseignements

icone-christQui est Dieu ? Comment le connaître ? Est-il possible d'aimer pour toujours ? Pourquoi le mal ? Est-ce que toutes les religions se valent ? Que deviennent nos défunts ? Comment pardonner ? L'Eglise : est-elle nécessaire ? Est-ce qu'on peut changer le monde ?

Ce sont là quelques unes des grandes questions que se pose tout homme, tout chercheur de Dieu.

Au cours des retraites fondamentales, les enseignements veulent approfondir ces questions et aider chacun à entrer dans l'intelligence de la foi.

 

Le travail, une malédiction ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Thierry Coustenoble - Foyer de Courset   
Index de l'article
Le travail, une malédiction ?
II. Hommes et femmes au travail
III. Travail, repos et Eucharistie
Conclusion
Toutes les pages

I. Le travail dans la Bible

Introduction :
Epopée de Gilgamesh
Les dieux créent les hommes comme des esclaves pour accomplir leur travail, mélangeant de la poussière avec le sang d'un dieu déchu et vaincu : c'est une malédiction, marquée de pessimisme.
L'homme est fait pour travailler, comme un esclave, il est maudit des dieux.

1) Genèse 2

Quand les hébreux, exilés en Mésopotamie, vont répéter ce conte, à leurs enfants, ils vont y introduire les éléments propres de leur foi naissante

Le travail appartient à la condition originelle de l'homme et précède sa chute ; il n'est donc ni une punition ni une malédiction.(...) En dépit du péché des premiers parents, le dessein du Créateur, le sens de ses créatures et, parmi elles, de l'homme, appelé à cultiver et à garder la création, demeurent inaltérés. (CDSE N° 256)

Gn 2,4-15

Le Seigneur Dieu prit l'homme et l'établit dans le jardin d'Eden pour cultiver le sol et le garder. ( Gn 2,15 )

Le travail est à la fois une activité d'achèvement ( cultiver ) et une activité de respect ( garder ).

Sorti comme il l'est des mains de Dieu, le cosmos porte la marque de sa bonté. C'est un monde beau, digne qu'on l'admire et qu'on en jouisse, mais aussi destiné à être cultivé et développé. L'« achèvement » de l'œuvre de Dieu ouvre le monde au travail de l'homme. « Dieu conclut au septième jour l'ouvrage qu'il avait fait » (Gn 2,2). A travers cette évocation anthropomorphique du « travail » divin, la Bible ne nous donne pas seulement une ouverture sur le rapport mystérieux entre le Créateur et le monde créé, mais elle jette aussi une lumière sur la mission de l'homme à l'égard du cosmos. Le « travail » de Dieu est en quelque manière exemplaire pour l'homme. Celui-ci, en effet, n'est pas seulement appelé à habiter, mais aussi à « construire » le monde, en se faisant ainsi « collaborateur » de Dieu. Comme je l'écrivais dans l'encyclique Laborem exercens, les premiers chapitres de la Genèse constituent en un sens le premier « évangile du travail ».(10) C'est une vérité que souligne également le Concile Vatican II : « L'homme, créé à l'image de Dieu, a reçu l'ordre de soumettre la terre et tout ce qui y est contenu, de gouverner le monde en justice et sainteté et, en reconnaissant Dieu comme Créateur de toutes choses, de lui rapporter sa personne et l'ensemble des réalités, de façon que, tout étant soumis à l'homme, le nom même de Dieu soit objet d'admiration sur toute la terre »( DIES DOMINI )
2) Genèse 1

Gn 1,26-28

Dieu les bénit et leur dit : « soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, et toute bête qui remue sur la terre » ( Gn 1,28 )
L'homme doit soumettre la terre, il doit la dominer, parce que comme «image de Dieu» il est une personne, c'est-à-dire un sujet, un sujet capable d'agir d'une manière programmée et rationnelle, capable de décider de lui-même et tendant à se réaliser lui-même. C'est en tant que personne que l'homme est sujet du travail. C'est en tant que personne qu'il travaille, qu'il accomplit diverses actions appartenant au processus du travail; et ces actions, indépendamment de leur contenu objectif, doivent toutes servir à la réalisation de son humanité, à l'accomplissement de la vocation qui lui est propre en raison de son humanité même: celle d'être une personne. ( LE N° 6 )

Soumettre la terre, c'est la soumettre à l'homme image de Dieu, marquer le monde d'une empreinte, le transformer pour qu'il soit à la ressemblance du projet divin, qui est de construire un temple où il puisse rencontrer l'homme. Ce temple, ce jardin, il faut le cultiver et le garder.

3) La tour de Babel

Gn .11,1-9
Le travail humain est ici représenté comme le moyen par lequel l'homme monte au ciel est prend la place de Dieu. Ce récit est une réaction, un rejet des hébreux vis-à-vis de la religion mésopotamienne. Les babyloniens construisaient des temples à étages, des ziggourats, qui étaient des représentations du cosmos, avec la mer, la terre posée sur la mer, et la voûte céleste.

4) L'esclavage en Egypte

Ex1, 9-13

Ex 1,9 : Les Egyptiens asservirent les fils d'Israël avec brutalité et leur rendirent la vie amère par une dure servitude : mortier, briques, tous travaux des champs, bref toutes les servitudes qu'ils leur imposèrent avec brutalité.

Dieu délivre son peuple
Ex 3, 7-10

Dieu dit à Moïse : « J ai vu le poids que les Egyptiens font peser sur eux, va , maintenant, ; je t'envoie vers le Pharaon,fais sortir d'Egypte mon peuple, les fils d'Israël »
5) L'enseignement des prophètes

Le travail n'est pas tout, et la Bible n'idolâtre pas le travail ; c'est en particulier un des sens du shabbat, que nous approfondirons demain matin dimanche. Le shabbat met une fin, une limite à la volonté de puissance, de domination de l'homme. Il a reçu le commandement divin de dominer, de soumettre la terre, mais il reçoit aussi le commandement de se reposer le septième jour.

a) Commandement du repos

Ex 20,8-11 :
[ Le jour du shabbat ], tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, pas plus que ton serviteur, ta servante, tes bêtes ou l'émigré que tu as dans tes villes.
Jérémie 17,19-23 :
Vous ne transporterez pas non plus de fardeaux hors de vos maisons le jour du shabbat, vous n'accomplirez aucune besogne, mais vous tiendrez pour sacré le jour du shabbat comme je l'ai prescrit à vos pères.

b) Dénonciation de la rapacité

Les prophètes dénoncent la rapacité dans le travail, l'appât du gain.

Amos 8,4-8 : quand donc le shabbat sera-t-il fini que nous puissions acheter un pauvre pour une paire de sandales ?...
Le travail doit être honoré car il est source de richesse ou, du moins, de dignes conditions de vie et, en général, c'est un instrument efficace contre la pauvreté (cf. Pr 10, 4), mais il ne faut pas céder à la tentation de l'idolâtrer, car on ne peut pas trouver en lui le sens ultime et définitif de la vie. Le travail est essentiel, mais c'est Dieu, et non le travail, qui est la source de la vie et la fin de l'homme ( CDSE n°257 )
6) La sagesse grecque

La sagesse rappelle que l'intense effort que les hommes font pour travailler, accroître leurs richesses, ne les sauve pas :

Qo 2,11 ; je me suis tourné vers les œuvres de mes mains, et vers le travail que j'avais eu tant de mal à faire. Tout cela est vanité
Qo 2, 20-24 Que reste-t-il à l'homme de tout son travail ?... c'est à un homme qui n'y a pas travaillé qu'il donnera sa part.

"Comme disait le curé d'ars : les linceuls n'ont pas de poche."!

L'ouvrage de l'homme n'est pas non plus sacralisé : le culte d'Israël interdit de se fabriquer une image de Dieu, parce que c'est dans l'homme que cette image réside.

Sg 13,10 : ceux qui appellent dieux l'ouvrage de mains humaines.

L'exemple du bûcheron

7) Les Évangiles

On peut décomposer la vie de Jésus en trois périodes pendant lesquelles il travaille :

1 - il travaille à Nazareth, avec Joseph, à l'atelier de charpentier
2 - il travaille dans sa vie publique ; c'est un travail de prédiction, de guérison
3 - il travaille enfin dans sa passion, et sur la croix

Jésus, « devenu en tout semblable à nous, a consacré la plus grande partie de sa vie sur terre au travail manuel, à son établi de charpentier », dans l'atelier de Joseph (cf. Mt 13, 55; Mc 6, 3), à qui il était soumis (cf. Lc 2, 51). Jésus condamne le comportement du serviteur paresseux, qui enfouit sous terre le talent (cf. Mt 25, 14-30) et loue le serviteur fidèle et prudent que le maître trouve en train d'accomplir les tâches qu'il lui a confiées (cf. Mt 24, 46). Il décrit sa propre mission comme une œuvre: « Mon Père est à l'œuvre jusqu'à présent et j'œuvre moi aussi » (Jn 5, 17); et ses disciples comme des ouvriers dans la moisson du Seigneur, qui est l'humanité à évangéliser (cf. Mt 9, 37-38). Pour ces ouvriers vaut le principe général selon lequel « l'ouvrier mérite son salaire » (Lc 10, 7); ils sont autorisés à demeurer dans les maisons où ils sont accueillis, à manger et à boire ce qui leur est offert (cf. ibid.).

Dans sa prédication, Jésus enseigne aux hommes à ne pas se laisser asservir par le travail. Ils doivent se soucier avant tout de leur âme; gagner le monde entier n'est pas le but de leur vie (cf. Mc 8, 36). De fait, les trésors de la terre se consument, tandis que les trésors du ciel sont impérissables: c'est à ceux-ci qu'il faut lier son cœur (cf. Mt 6, 19-21). Le travail ne doit pas angoisser (cf. Mt 6, 25.31.34): préoccupé et agité par bien des choses, l'homme risque de négliger le Royaume de Dieu et sa justice (cf. Mt 6, 33), dont il a vraiment besoin; tout le reste, y compris le travail, ne trouve sa place, son sens et sa valeur que s'il est orienté vers l'unique chose nécessaire, qui ne sera jamais enlevée (cf. Lc 10, 40-42).

Durant son ministère terrestre, Jésus travaille inlassablement, accomplissant des œuvres puissantes pour libérer l'homme de la maladie, de la souffrance et de la mort. Le sabbat, que l'Ancien Testament avait proposé comme jour de libération et qui, observé simplement pour la forme, était vidé de sa signification authentique, est réaffirmé par Jésus dans sa valeur originelle: « Le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat! » (Mc 2, 27). Par les guérisons, accomplies en ce jour de repos (cf. Mt 12, 9-14; Mc 3, 1-6; Lc 6, 6-11; 13, 10-17; 14, 1-6), il veut démontrer que le sabbat est à lui, car il est vraiment le Fils de Dieu et que c'est le jour où l'on doit se consacrer à Dieu et aux autres. Libérer du mal, pratiquer la fraternité et le partage, c'est conférer au travail sa signification la plus noble, celle qui permet à l'humanité de s'acheminer vers le Sabbat éternel, dans lequel le repos devient la fête à laquelle l'homme aspire intérieurement. Précisément dans la mesure où il oriente l'humanité à faire l'expérience du sabbat de Dieu et de sa vie conviviale, le travail inaugure sur la terre la nouvelle création. ( CDSE 259-261 )

Dans les Evangiles, il est très intéressant de mesurer combien la prédication de Jésus s'appuie sur le travail des hommes, le gérant infidèle, le travail des champs, les talents à faire fructifier, la pâte à pétrir, le ménage de la maison, le travail de la vigne, le travail de l'élevage : le bon berger, la pèche, etc...

Il y a surtout un grand travail accompli par Jésus : si le travail est transformation des réalités terrestres. La grande réalité que Jésus a transformée, c'est celle de la souffrance. Sur la croix, Jésus a assumé tout ce que la condition humaine avait de violences, de douleurs, de malédictions, pour mettre de l'amour là où il n'y en avait pas. Il n'est pas possible à l'homme seul d'aimer quand il souffre. C'est pourquoi Jésus descend dans toute cette part de souffrance, de ténèbres que l'homme connaît : il vient assumer la condition humaine pour la sauver. ‘Tout ce qui n'est pas assumé n'est pas sauvé. ‘
Je crois que ce verbe ‘ assumer' est une des clefs du mystère du Christ, et de la lumière que l'Evangile, et à sa suite la pensée sociale de l'Eglise apporte à nos quotidiens.

La Passion de Mel Gibson : "Voici que je fais toutes choses nouvelles"

8) Les lettres apostoliques

dans les lettres adressées aux premières communautés, les apôtres encouragent, corrigent les fidèles dans leur participation à la vie civile, sociale. Certains pensaient que la fin des temps était arrivée, et qu'il n'était plus nécessaire de travailler.

Rm 12,1-21
Rm 12,6 : nous avons des dons qui différent selon la grâce qui nous a été accordée... Sois vainqueur du mal par le bien
Col 3,23 : quel que soit votre travail faites-le avec âme
Ep 4,28 : Celui qui volai, qu'il cesse de voler ; qu'il prenne plutôt la peine de travailler honnêtement de ses mains, afin d'avoir de quoi partager avec celui qui est dans le besoin
2Th 3,10-12 : qu'ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu'ils auront gagné

Dialogue de Monsieur Vincent avec un pauvre :
« ah toi c'est autre chose !
-la fatalité !
-oui, mais il n'y a pas que la fatalité, il y a aussi la providence : le bon Dieu nourrit les petits oiseaux, c'est entendu, mais ils passent leur journée à chercher leur nourriture ; c'est solide, çà. Cà peut tenir une pelle !
-je ne trouve rien
- eh bien reviens demain, je t'aurais trouvé du travail, mais c'est le dernier pain que tu voles au Bon Dieu, ton pain de demain, il sera à toi !
»