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III. Travail, repos et Eucharistie
1) Le Shabbat
Dès les premiers chapitres de la genèse, est présentée à l'homme comme exemple le travail de Dieu, et le repos de Dieu,
- Gn 2,2 : Dieu acheva le septième jour l'œuvre qu'il avait faite, il arrêta au septième jour l'œuvre qu'il faisait. Dieu bénit le septième jour et le consacra car il avait alors arrêté toute l'œuvre que lui-même avait créée par son action.
Ce repos ( shabbat veut dire ‘cessation' ) du septième jour prendra des significations différentes dans l'histoire d'Israël : 1- c'est la garantie du repos de l'homme
- Ex23,12 : six jours tu feras ce que tu as à faire, mais le septième jour, tu chômeras, afin que ton bœuf et ton âne se reposent et que le fils de ta servante et l'émigré reprennent leur souffle.
2- Dieu a achevé son œuvre
- Ex 20.8-11 : le Seigneur s'est reposé le septième jour
3- Dieu a fait sortir son peuple d'Egypte : c'est une libération de la servitude :
- Dt 5,12-15 : tu te souviendras qu'au pays d'Egypte tu étais esclave,et que le Seigneur ton Dieu t'a fait sortir de là d'une main forte et le bras étendu ; c'est pourquoi le Seigneur ton Dieu t'a ordonné de pratiquer le jour du shabbat.
4- La théologie sacerdotale a aussi instituée des shabbats d'années : tous les sept ans, et tous les sept fois sept ans, un jubilé qui est fêtée la cinquantième année. La septième année sera un shabbat, une année de repos pour la terre, un shabbat pour le Seigneur. C'est un rappel que la terre appartient au Seigneur, et ne peut être aliéné définitivement. (Lv 25, 1-54 ) ( cf les principes de la DSE : la destination universelle des biens )
Le sens du sabbat, c'est d'entrer dans le repos de Dieu : (cf Ps 95, et Hb 3,7 -4,11 )
- Jamais ils n'entreront dans mon repos. (Ps 94-95,11)
Donc
- Je travaille pour contempler, ( et non je me repose pour mieux travailler )
- La finalité du travail, c'est de servir dans l'amour, et non d'être parfait ( l'exactitude par amour,et non l'amour de l'exactitude ) : le travail ne suffit pas à l'amour, puisqu'il n'est pas bon que l'homme soit seul. Ce qui est bon, c'est l'amour dans le travail, et non le travail lui-même. La Genèse ne dit pas «'et Dieu vit que cela était parfait' », mais « Dieu vit que cela était bon »
- L'essentiel n'est pas le résultat, mais la croissance.
Passer du travail au repos, c'est aussi passer des choses qu'il faut dominer aux personnes que je renonce à dominer ; je connais une chose quand je la domine, je connais une personne quand je renonce à la dominer pour qu'elle existe. Entrer dans le repos, c'est mettre une limite à sa volonté de puissance.
- Le sommet de l'enseignement biblique sur le travail est le commandement du repos sabbatique. Le repos ouvre à l'homme, lié à la nécessité du travail, la perspective d'une liberté plus pleine, celle du Sabbat éternel (cf. He 4, 9-10). Le repos permet aux hommes d'évoquer et de revivre les œuvres de Dieu, de la Création à la Rédemption, de se reconnaître eux- mêmes comme son œuvre (cf. Ep 2, 10) et de rendre grâce pour leur vie et leur subsistance, à lui qui en est l'Auteur.
La mémoire et l'expérience du sabbat constituent un rempart contre l'asservissement au travail, volontaire ou imposé, et contre toute forme d'exploitation, larvée ou évidente. De fait, le repos sabbatique a été institué non seulement pour permettre la participation au culte de Dieu mais aussi pour défendre le pauvre; il a aussi une fonction libératrice des dégénérescences anti-sociales du travail humain. Ce repos, qui peut aussi durer un an, comporte en effet une expropriation des fruits de la terre en faveur des pauvres et, pour les possesseurs de la terre, la suspension des droits de propriété: « Pendant six ans tu ensemenceras la terre et tu en engrangeras le produit. Mais la septième année, tu la laisseras en jachère et tu en abandonneras le produit; les pauvres de ton peuple le mangeront et les bêtes des champs mangeront ce qu'ils auront laissé. Tu feras de même pour ta vigne et pour ton olivier » (Ex 23, 10-11). Cette coutume répond à une intuition profonde: l'accumulation des biens par certains peut conduire à une soustraction des biens à d'autres. ( CDSE n° 258)
2) Le Dimanche
Les chrétiens sont issus des juifs, mais ils ont progressivement abandonné la pratique du shabbat pour celle du dimanche.
St Ignace d'Antioche : « ceux qui vivaient selon l'ancien ordre des choses sont venus à la nouvelle espérance, n'observant plus le shabbat, mais le jour du Seigneur, en lequel notre vie est bénie par lui et par sa mort. »
- Les chrétiens, percevant l'originalité du temps nouveau et définitif inauguré par le Christ, ont pris comme jour de fête le premier jour après le sabbat, parce que ce jour-là a eu lieu la résurrection du Seigneur. Le mystère pascal du Christ constitue, en effet, la pleine révélation du mystère des origines, le sommet de l'histoire du salut et l'anticipation de l'accomplissement eschatologique du monde. Ce que Dieu a opéré dans la création et ce qu'il a fait pour son peuple dans l'Exode a trouvé son accomplissement dans la mort et la résurrection du Christ, même si son expression définitive n'aura lieu que dans la parousie par la venue du Christ en gloire. En lui se réalise pleinement le sens « spirituel » du sabbat, ainsi que le souligne saint Grégoire le Grand: « Nous considérons que la personne de notre Rédempteur, notre Seigneur Jésus Christ, est le vrai sabbat ».(14) C'est pourquoi la joie avec laquelle Dieu contemple, au premier sabbat de l'humanité, la création tirée du néant est désormais exprimée par la joie avec laquelle le Christ est apparu aux siens le dimanche de Pâques, apportant le don de la paix et de l'Esprit (cf. Jn 20,19-23). En effet, dans le mystère pascal, la condition humaine, et avec elle la création tout entière, qui « jusqu'à ce jour gémit en travail d'enfantement » (Rm 8,22), a connu son nouvel « exode » vers la liberté des fils de Dieu qui peuvent crier, avec le Christ, « Abba, Père » (Rm 8,15; Ga 4,6). A la lumière de ce mystère, le sens du précepte vétérotestamentaire sur le jour du Seigneur est repris, intégré et pleinement dévoilé dans la gloire qui brille sur le visage du Christ ressuscité (cf. 2 Co 4,6). Du « sabbat », on passe au « premier jour après le sabbat », du septième jour, au premier jour: le dies Domini devient le dies Christi! (DD)
Le dimanche est aussi jour de repos
- Il est particulièrement urgent, à notre époque, de rappeler que le Jour du Seigneur est aussi le jour du repos par rapport au travail. Nous souhaitons vivement que cela soit aussi reconnu comme tel par la société civile, de sorte qu'il soit possible d'être libre des activités du travail sans être pour autant pénalisé. En effet, les chrétiens, en relation avec la signification du sabbat dans la tradition juive, ont toujours vu également dans le Jour du Seigneur le jour du repos du labeur quotidien. Cela a un sens précis, constituant une relativisation du travail, qui est ordonné à l'homme: le travail est pour l'homme et non l'homme pour le travail. Il est facile de saisir la protection qui en découle pour l'homme lui- même, qui est ainsi émancipé d'une possible forme d'esclavage. Comme j'ai eu l'occasion de l'affirmer, « le travail est de première importance pour la réalisation de l'homme et pour le développement de la société, et c'est pourquoi il convient qu'il soit toujours organisé et accompli dans le plein respect de la dignité humaine et au service du bien commun. En même temps, il est indispensable que l'homme ne se laisse pas asservir par le travail, qu'il n'en fasse pas une idole, prétendant trouver en lui le sens ultime et définitif de la vie ». C'est dans le jour consacré à Dieu que l'homme comprend le sens de son existence ainsi que de son travail. ( Sacramentum Caritatis n° 74 )
Le sens du dimanche, c'est d'accueillir le travail de Dieu, qui vient achever le huitième jour ce qu'il a confié à l'homme le sixième jour. Je dois passer de ‘mon travail sur le monde' au ‘travail de Dieu', qui transforme le monde. Ce travail, c'est « tout récapituler dans le Christ » ( Ep 1, 10 )
1- c'est le huitième jour et en même temps le premier jour , donc une nouvelle création. 2- C'est le jour d'après, c'est donc un symbole de la vie éternelle 3- le jour du Seigneur est jour du Christ ressuscité, jour du soleil, le Christ lumière : ‘Sunday' 4- c'est le jour du don de l'esprit, cinquante jours après la Pâque, la Pentecôte
Voici les critères que l'Eglise donne pour la journée du dimanche :
- le culte dû à Dieu - la joie propre au jour du Seigneur - la pratique des œuvres de miséricorde - la détente convenable de l'esprit et du corps
( CEC n° 2185 )
3) L'Eucharistie
- Jn 6,27-29 : "Il faut vous mettre à l'œuvre pour obtenir, non pas cette nourriture périssable, mais la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que le Fils de l'Homme vous donnera, car c'est lui que le Père, qui est Dieu, a marqué de son sceau." Ils lui dirent alors : " Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ?" Jésus leur répondit : " l'œuvre de Dieu, c'est de croire en celui qu'il a envoyé."
a) L'offertoire.
A la messe, quel sens donnons-nous à l'offertoire ? Le pain est appelé fruit de la terre et du travail des hommes,il deviendra le pain de la vie le vin est appelé fruit de la vigne, du soleil et du travail des hommes. Il deviendra le vin du Royaume. La messe,c'est le travail de Dieu sur le monde, cela suppose de passer de mon travail, au travail de Dieu. Je dois alors me laisser travailler. On comprend bien comment les chrétiens ont vu dans la messe l'accomplissement du sens du shabbat
- Les Pères synodaux ont aussi attiré l'attention sur la présentation des dons. Il ne s'agit pas simplement d'une sorte de « pause » entre la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique. Cela supprimerait, entre autres, le sens de l'unique rite composé de deux parties liées entre elles. Dans ce geste humble et simple, se manifeste, en réalité, une signification très grande: dans le pain et dans le vin que nous apportons à l'autel, toute la création est assumée par le Christ Rédempteur pour être transformée et présentée au Père. (144) Dans cette perspective, nous portons aussi à l'autel toute la souffrance et toute la douleur du monde, dans la certitude que tout est précieux aux yeux de Dieu. Ce geste, pour être vécu dans sa signification authentique, n'a pas besoin d'être amplifié par des complications inopportunes. Il permet de mettre en valeur la participation que Dieu demande à l'homme, dès les origines, pour porter à son accomplissement l'œuvre divine en lui et pour donner ainsi un sens plénier au travail humain, qui, par la célébration eucharistique, est uni au sacrifice rédempteur du Christ. ( SC n° 47 )
b) La communion
L'Eucharistie, est à la fois une célébration de communion avec le Christ, et un mémorial de son sacrifice.
- La sueur et la peine que le travail comporte nécessairement dans la condition présente de l'humanité offrent au chrétien et à tout homme qui est appelé, lui aussi, à suivre le Christ, la possibilité de participer dans l'amour à l'oeuvre que le Christ est venu accomplir. Cette oeuvre de salut s'est réalisée par la souffrance et la mort sur la croix. En supportant la peine du travail en union avec le Christ crucifié pour nous, l'homme collabore en quelque manière avec le Fils de Dieu à la rédemption de l'humanité. Il se montre le véritable disciple de Jésus en portant à son tour la croix chaque jour dans l'activité qui est la sienne.
Le Christ, «en acceptant de mourir pour nous tous, pécheurs, nous apprend, par son exemple, que nous devons aussi porter cette croix que la chair et le monde font peser sur les épaules de ceux qui poursuivent la justice et la paix»; en même temps, cependant, «constitué Seigneur par sa résurrection, le Christ, à qui tout pouvoir a été donné au ciel et sur la terre, agit désormais dans le coeur des hommes par la puissance de son Esprit, il purifie et fortifie ces aspirations généreuses par lesquelles la famille humaine cherche à rendre sa vie plus humaine et à soumettre à cette fin la terre entière» . Dans le travail de l'homme, le chrétien retrouve une petite part de la croix du Christ et l'accepte dans l'esprit de rédemption avec lequel le Christ a accepté sa croix pour nous. Dans le travail, grâce à la lumière dont nous pénètre la résurrection du Christ, nous trouvons toujours une lueur de la vie nouvelle, du bien nouveau, nous trouvons comme une annonce des «cieux nouveaux et de la terre nouvelle» auxquels participent l'homme et le monde précisément par la peine au travail. Par la peine, et jamais sans elle. D'une part, cela confirme que la croix est indispensable dans la spiritualité du travail; mais, d'autre part, un bien nouveau se révèle dans cette croix qu'est la peine, un bien nouveau qui débute par le travail lui-même, par le travail entendu dans toute sa profondeur et tous ses aspects, et jamais sans lui.
Ce bien nouveau, fruit du travail humain, est-il déjà une petite part de cette «terre nouvelle» où habite la justice? Dans quel rapport est-il avec la résurrection du Christ, s'il est vrai que les multiples peines du travail de l'homme sont une petite part de la croix du Christ? Le Concile cherche à répondre aussi à cette question en puisant la lumière aux sources mêmes de la parole révélée: «Certes, nous savons bien qu'il ne sert à rien à l'homme de gagner l'univers s'il vient à se perdre lui-même (cf. Lc 9, 25). Cependant, l'attente de la terre nouvelle, loin d'affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller: le corps de la nouvelle famille humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du siècle à venir. C'est pourquoi, s'il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d'importance pour le Royaume de Dieu». Laborem exercens, Jean Paul II, sept 1981
c) L'envoi
L'Eucharistie nous envoie à notre tâche, avec une nouvelle force, celle du Christ, qui par nos mains, va continuer, va rendre présent son œuvre de salut.
- Le mystère de l'Eucharistie nous rend aptes et nous pousse à un engagement courageux dans les structures de notre monde, pour y apporter la nouveauté de relations qui a sa source inépuisable dans le don de Dieu. La prière que nous reprenons à chaque Messe: « Donne-nous notre pain de ce jour », nous oblige à faire tout notre possible, en collaboration avec les institutions internationales, publiques et privées, pour que cesse ou au moins pour que diminue dans le monde le scandale de la faim et de la sous-alimentation dont souffrent des millions de personnes, surtout dans les pays en voie de développement. Le chrétien laïc en particulier, formé à l'école de l'Eucharistie, est appelé à assumer directement sa responsabilité politique et sociale. Pour qu'il puisse accomplir ses tâches d'une manière appropriée, il convient de le préparer par une éducation concrète à la charité et à la justice. C'est pourquoi, comme le Synode l'a demandé, il est nécessaire que, dans les diocèses et dans les communautés chrétiennes, on fasse connaître et on promeuve la doctrine sociale de l'Église. (248) Dans ce patrimoine précieux, provenant de la plus antique tradition ecclésiale, nous trouvons les éléments qui orientent, de manière très sage, le comportement des chrétiens face aux questions sociales brûlantes. Cette doctrine, mûrie tout au long de l'histoire bimillénaire de l'Église, se caractérise par son réalisme et son équilibre, aidant ainsi à éviter les compromis erronés ou les vagues utopies. ( SC 91 )
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